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Narendra Jussien, Responsable du département informatique et enseignant en informatique à l’École des Mines de Nantes nous explique les enjeux et les résultats de l’utilisation d’un Tableau Blanc Interactif pour expliquer la Programmation par Contraintes à partir du célèbre jeu Sudoku.
La Rédaction : Comment décririez vous le projet ?
Narendra Jussien : Dans le cadre de plusieurs cours que je donne sur le thème de la "Programmation par Contraintes" (PPPC) j’illustre les problématiques spécifique de ce type de programmation à l’aide des sudoku. En effet, ce jeu permet en très peu de temps de comprendre les principes de base de la PPC qui est pourtant très complexe ("test de satisfaction", "propagation de contraintes", "réduction de domaine"). Depuis 2005 j’utilise pour ce cours un "Tableau Blanc Interactif" (TBI) pour rendre plus dynamique et motivante la présentation.
LR : Quelles ont été vos motivations pour lancer cette expérimentation ?
NJ : La programmation par contrainte est une discipline apparue dans les années 1980, donc assez récente, et les méthodes d’apprentissages n’ont pas cessé d’évoluer. La façon classique d’enseigner l’informatique est de présenter de façon statique et linéaire des "power point" avec un ordinateur connecté à un vidéo-projecteur, ce qui est inconfortable pour l’enseignant cantonné au rôle de "souris"et pour les étudiants qui passent leur temps à "chercher cette souris sur le tableau". L’idée d’utiliser l’exemple du Sudoku est venue à ce moment là, d’une part parce que les étudiants connaissent bien le sujet (si bien qu’ils s’y adonnent quelques fois dans le fond de la classe) et parce que c’est ludique. Je souhaitais aussi retrouver une interactivité avec les étudiants en leur proposant de participer à la résolution de la grille avec moi en direct, ce qui est plus intéressant pour tout le monde. L’année suivante, j’ai découvert les potentialités pédagogiques des TBI. Il était donc tout naturel d’associer la démarche pédagogique active, l’exemple du sudoku et l’utilisation du TBI.
LR : Cette utilisation des TICE a-t-elle modifié votre approche et vos méthodes pédagogiques ?
NJ : S’il y avait un TBI dans chaque salle, je l’utiliserais de façon presque systématique, mais ce n’est pas le cas, je ne l’utilise donc que dans quelques cours. C’est dommage car le TBI se prête bien à l’enseignement de l’informatique. Par contre, dans le cadre de démonstrations ou de réunions de travail périphériques à l’enseignement (journées portes ouvertes, journées d’accueil des étudiants...), je l’utilise pour le côté vivant. Il est frustrant que les salles de cours ne soient pas toutes équipées de TBI car tous ceux qui ont utilisé un tel outil ne demandent qu’à recommencer.
Le principal bénéfice de ce dispositif est l’amélioration de l’interaction avec les étudiants. En effet, l’enseignant revient au tableau (après avoir disparu quelques années derrière sa souris) mais avec une présentation plus dynamique et surtout interactive, des contenus. L’utilisation du TBI dans l’enseignement de l’informatique, est d’autant plus adaptée que le fond rejoint la forme, il est mille fois plus efficace d’écrire du code à la main sur le tableau interactif et de lancer son interprétation instantanément, que de passer par les outils classiques (tableau noir, vidéo-projecteur...). Les étudiants peuvent facilement participer en venant au tableau et tester eux mêmes leurs solutions en face de leurs pairs (sans toucher à l’ordinateur de l’enseignant).
LR : Le dispositif a-t-il engendré une amélioration de la qualité des apprentissages chez les étudiants ?
NJ : Ma première utilisation du TBI est liée à l’enseignement de la programmation par contrainte en utilisant l’exemple du sudoku, ce qui m’aurait de toutes façon contraint à créer de toute pièce le cours. Il m’est donc impossible de faire un comparatif "avant/après". Par contre, la compréhension générale de ce qu’est la PPPC est très bonne dès le premier cours, ce qui demandait beaucoup plus de temps et de pratique pour les élèves avec l’ancienne méthode d’apprentissage. C’est donc l’ensemble "Sudoku-TBI-méthode active d’apprentissage" qui est plus performant. Il est donc évident que cela facilite la suite du cours et nous permet d’aller plus profondément dans le sujet.
Pour l’anecdote, certains de mes collègues m’ont remercié car enfin, grâce à ce dispositif, leurs parents comprenaient ce qu’ils faisaient !
LR : Comment vous y êtes vous pris pour mettre en oeuvre ce projet ?
NJ : Le choix de l’utilisation du TBI s’est fait d’une façon détournée, en effet, les télévisions étaient intéressées par la façon dont le sudoku, qui venait à la mode en France, était exploité à l’Ecole des Mines de Nantes en pédagogie. Il fallait donc donner à "montrer" des images parlantes. Sur les conseils de la cellule TICE (le CRITE) le TBI a été suggéré. D’un cours fictif pour les besoins de la communication, les choses se sont enchaînées naturellement pour devenir un cours réel. L’apprentissage du maniement du TBI a été rapide car l’interface est très intuitive. Le fait d’être moi même informaticien n’y est pas pour grand chose : un TBI n’est vraiment rien de plus "souris améliorée et en couleur" très confortable à utiliser.
LR : Si vous en aviez la possibilité, quelles modifications apporteriez vous pour améliorer ou étendre le dispositif ?
NJ : Disposer un TBI dans d’autres salles, notamment dans la salle de réunion du service, pour rendre les réunions plus efficaces et pour promouvoir l’utilisation de cet outil bien utile...
LR : Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui souhaite se lancer dans une telle démarche ?
NJ :
Conseil N°1 : Renseignez-vous auprès de la cellule TICE de votre établissement ! Il y a tellement d’activités possibles, que vous en trouverez forcément une qui va vous permettre de débuter. Vous pouvez même commencer par assister à une démonstration (éventuellement en ligne).
Conseil N°2 : Lancez-vous ! Le TBI est très facile à utiliser, il permet à l’enseignant de revenir au tableau mais avec ses supports pédagogiques multimédia, interactifs, accessibles sous les doigts. Pour faire une analogie avec l’électroménager, tant qu’on n’a jamais essayé un lave-vaisselle ou un sèche-linge, on n’a pas idée des services qu’ils rendent ! et quand on l’a essayé, on ne peut plus s’en passer !
Conseil N°3 ! Entraînez vous, car c’est par la pratique que les réflexes et les idées d’applications viennent.
Lien vers la revue de presse (Journaux et extraits vidéo) de l’expérience :
http://njussien.e-constraints.net/sudoku/media.html
Martin Richard : enseigner l’informatique à l’aide de podcasts vidéo sur "iPod touch"
Frédérique SILBER-CHAUSSUMIER : Enseigner en réduisant le face à face avec les étudiants|
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