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Les potentialités pédagogiques de la rédaction collaborative synchrone

Quand les étudiants exploitent les stratégies des jeux en réseaux, pour écrire un document à plusieurs en temps réel...

1. Introduction
2. Définition
3. Intérêts pédagogiques
4. Conditions de réussite
5. Utilisation par les enseignants
6. Généralités
7. Limites
8. Divers
9. Comparaison des solutions
10. Sites et liens

1. Introduction

- Pour les enseignants, proposer des activités de co-rédaction sur des outils d’écriture collaborative en ligne, est une façon désormais simple de mettre en place une pédagogie "socioconstructiviste" synchrone ou asynchrone, en présentiel ou à distance. Contrairement aux wikis, aux blogs et autres outils de publication collaborative (CMS), les solutions évoquées ici permettent des activités de rédaction jusqu’à présent complètement inédites : écrire à plusieurs en même temps sur un même document ! Cette fonctionnalité nouvelle, née avec le web2.0 (dit web collaboratif), permet-elle des activités pédagogiques inédites elles aussi ?

Les recherches sur ce sujet sont quasi inexistantes, mais une chose est sûre : pour la prise de notes, la production de comptes rendus, de notes de synthèse ou la production, plus fréquente, de dossiers complets, la co-rédaction est désormais bien plus aisée et efficace qu’auparavant à condition, bien sûr, de respecter quelques consignes basées sur le bon sens et sur une bonne connaissance des fonctionnalités des outils.

La seule contrainte est que les étudiants doivent avoir facilement accès à internet, ce qui, dans les établissements du supérieur, se vérifie de plus en plus (une grande proportion d’étudiants possède un portable, les accès WiFi sont nombreux et les CDI sont généralement bien fournis en postes informatiques).

A l’heure où les étudiants

  • ont tous plus ou moins joué en réseau (à quelques-uns autour d’une table ou sur des "jeux de rôle massivement multi-joueurs" dans les "mondes persistants" (MMORPG)) ;
  • ont tous plus ou moins échangé - en réseau toujours - des fichiers avec des pairs (Peer to Peer) ;
  • ont pour beaucoup d’entre eux investi un espace virtuel - encore en réseau - sur second life ;
  • échangent sur les réseaux sociaux - dont Facebook est le plus célèbre ;
    il semble logique et incontournable de leur proposer des activités qui exploitent ces capacités - que d’aucuns disent propres à cette génération - à utiliser les différents types de réseaux en synchrone ou non, pour des travaux universitaires. L’usage répété des réseaux leur a, en effet, permis de développer des compétences et stratégies particulières pour le travail en équipe, à distance, grâce à un maniement aisé des logiciels et ce avec un sens de l’engagement et une motivation réelle.

2. Définitions
- Les outils bureautique en ligne sont encore, pour la plupart, en version "bêta", non "finalisés", car les technologies mises en œuvres pour leur réalisation sont issues des dernières avancées en terme de programmation "web2.0".
- Ce sont donc des "logiciels" - on parle plutôt d’applications - qui n’ont pas besoin d’être installés sur un ordinateur ;
- ils n’ont besoin que d’un navigateur internet pour fonctionner ;
- les documents créés sont stockés dans des espaces personnels à accès sécurisé (plusieurs centaines de Mo).
- les documents créés peuvent être sauvegardés (exportés) sur un ordinateur personnel ;
- dans un grand nombre de formats "universels" (.csv, .pdf, .txt, etc.) ou "propriétaires" (.doc, .odt, .ppt, .xls...) ;
- ET leur rédaction peut être partiellement ou complètement partagée,

  • lecture seule (pour avis),
  • ajout de commentaires (pour avis argumenté),
  • ou modifications totales (pour co-rédaction) ;

- en temps réel (synchrone) ou temps réparti (asynchrone).
- Les différentes étapes de création d’un document sont systématiquement conservées et consultables ("versioning").
- Une fois créés, les documents peuvent être directement et très facilement rendus publics en ligne (sur un site internet, sur un blog, un wiki...) ou bien conservés privés sur l’espace de stockage, ou, bien sûr, imprimés.
- Mais surtout, la particularité essentielle est qu’il n’y a qu’une et une seule version du document, la recherche des différences entre versions d’historique se fait simplement grâce au versioning, et non en comparant fastidieusement à l’œil nu plusieurs fichiers différents ayant circulé par mail (même si la fonctionnalité de "suivi des corrections" a été utilisée)... (Voir à ce sujet cette excellente petite vidéo à propos de la première suite en ligne - google.documents - sur le très bon site commoncraft)

3. Intérêts pédagogiques
- Les situations pédagogiques possibles sont socioconstructivistes par excellence. En effet, même si les étudiants ne se trouvent pas dans la même pièce, le fait de co-rédiger un même document impose une interaction entre eux et les obligent donc à confronter leurs différentes compréhensions et leurs différentes représentations d’un même sujet ou concept. Cette confrontation (ou gestion du "conflit cognitif" entre pairs) est une étape essentielle dans la phase d’apprentissage.
La "résolution" de ce conflit par la rédaction, c’est-à-dire par la re-formulation, est une autre étape décisive de l’apprentissage. En effet, selon la taxonomie de Bloom, l’avant dernière étape de la compréhension est la capacité à expliquer clairement, avec ses propres mots, ce que l’on a appris (synthétiser). Être clair est indispensable quand on travaille à plusieurs, les activités où le socioconstructivisme est sollicité, "boostent" donc les apprentissages. L’écriture collaborative est aussi un moyen de s’évaluer entre pairs. Si les co-rédacteurs ne se contentent pas de rédiger chacun leur partie sans la faire relire par les autres - on parle dans ce cas d’écriture "coopérative" - ces activités permettent de "monter" vers l’étape ultime de la taxonomie de bloom : la capacité à évaluer un tiers.

- Scénariser cette étape de confrontation et de partage au travers d’activités pédagogiques collaboratives, a pour l’étudiant, un autre avantage, celui de valoriser cette étape délicate de remise en question (en permettant de garder l’historique des traces de la réflexion commune) et de fait, avoir une posture reflexive sur son processus d’apprentissage. Ce genre d’activité permet donc d’améliorer les "savoir-être", les "savoir-devenir", bref, les compétences métacognitives. C’est aussi un moyen d’atténuer le risque de découragement ou de décrochage engendré par la déstabilisation : les étudiants sont contraints à se "soutenir" dans la "difficulté". En contrepartie, l’enseignant devra veiller (par le tutorat à distance par exemple) à ce que les conflits soient gérés de façon constructive (en relançant des échanges infructueux, en réorientant des discussions qui s’égarent...).

- Pour un meilleur contrôle du travail des étudiants, l’enseignant peut imposer un "droit de regard" sur le document (profil de lecture seule) pour vérifier, notamment grâce aux historiques et aux commentaires, que les bonnes questions ont bien été abordées, et éventuellement visualiser la participation de chacun. La "démarche" et la "réflexion" étant archivées, il est facile pour l’enseignant de consulter ces traces de la "pensée en action" des étudiants.
C’est donc la capacité à travailler à plusieurs qui s’acquière par ces activités. La particularité des suites bureautiques en ligne - autrement dit ; la quasi-instantanéité de l’écriture synchrone - est qu’elle permet de surcroît, d’exploiter les stratégies d’action développées dans les jeux en réseaux (sens de la "mission", prise de décisions rapide, partage des tâches, efficacité, rapidité d’action).
- Aujourd’hui, comme à chaque fois qu’un nouveau produit est employé, le recul n’est pas suffisant pour évaluer l’impact de l’utilisation de tels outils sur les apprentissages, mais il est évident que les activités créées autour de leurs potentialités (que les enseignants vont "inventer"), apporteront dans les prochaines années des réponses qui dépasseront ce qu’il nous semble réalisable à l’heure actuelle.
Il est néanmoins possible de préconiser l’utilisation de ces outils pour plusieurs activités pédagogiques, à plusieurs moments d’un cours :

  • Dans une phase de prise de notes simultanée à plusieurs ( !)
  • Dans une phase de "remue-méninges", les étudiants peuvent coucher sur le papier virtuel toutes leurs idées en même temps, pour ensuite les organiser en les commentant, un peu comme la méthode des "nuages de post-it".
  • Dans une phase de production d’un document intermédiaire (notes de synthèse).
  • Dans la phase de production d’un dossier plus complet.

- Il est possible d’imaginer, par exemple, des séances de rédaction collaborative dans un délai imparti : 4 heures ou une journée. Dans ce cas l’objectif visé est d’exercer les étudiants à la prise de décision rapide, au développement de stratégies collaboratives...

4. Conditions de réussite et méthodologie
- Pour bien réussir une activité de co-rédaction, une communication efficace entre les co-rédacteurs est une condition indispensable. Quand l’unité de lieu ne peut pas être respectée, les dispositifs de messagerie instantanée (MSN, ichat...) et autres téléphones IP (Skype) sont aussi des technologies que les étudiants connaissent et maîtrisent, ils peuvent donc leur être conseillés (voir à ce sujet l’article du CNDP sur les premières recherches sur le sujet). Certaines suites proposent un chat intégré sur certaines applications (éditeur de texte et de feuille de calcul chez Zoho). Cette façon de procéder est à rapprocher des possibilités offertes aux joueurs en réseaux (chat ou même échanges vocaux instantanés).

- Méthodologie de co-rédaction :
Il serait judicieux d’aborder l’utilisation de tels outils dans les cours de Méthodologie du Travail Universitaire dans les établissements où ils sont proposés. Même si ces conseils ont déjà été donnés, l’enseignant peut répéter à ses étudiants les consignes pratiques ci-dessous pour les guider dans cette démarche à laquelle ils ne sont pas habitués :

  • Dans toutes les phases de production du document, chaque co-rédacteur écrit avec une couleur différente, ce qui ne pose pas de problème si leur nombre est inférieur à 10.
  • Après le remue-méninges, dans la phase de rédaction, les rôles peuvent être répartis pour une écriture "coopérative" (chacun sa partie).
  • Ensuite, les avis, commentaires et suggestions peuvent être ajoutés dans le texte même (collaboratif).
  • La phase de "consolidation" (suppression des commentaires et finalisation du texte) peut se faire en coopératif / collaboratif (chacun corrige une partie différente de celle qu’il a rédigé).
  • Dans la phase de finalisation du document, pour corriger les coquilles et proposer de nouvelles formulations, il vaut mieux utiliser les "commentaires".
  • Pour la mise au propre, suivant le logiciel en ligne utilisé, il peut être indispensable de repasser par un "logiciel installé" pour plusieurs raisons : correction orthographique, homogénéisation de la mise en forme, création automatique du sommaire... autant de fonctionnalités qui ne sont pas encore mâtures sur toutes les solutions en ligne.
  • Mais avant toute chose, comme pour tout apprentissage de logiciel, il est nécessaire, pour les étudiants de prévoir un temps de prise en main, qu’ils n’hésitent pas à se créer deux comptes pour faire en temps réel des essais de co-rédaction synchrone, qu’ils Essaient aussi plusieurs suites différentes pour choisir la plus adaptée.

5. Utilisation par les enseignants
- Les enseignants, quant à eux, trouveront un intérêt certain dans l’ utilisation quotidienne, car pour toutes les tâches qui nécessitent des révisions ou de la co-écriture, ces outils sont évidemment irremplaçables (co-rédaction de cours, de documents de recherche, de courriers...). D’autre part, si les étudiants les utilisent, il est évidemment recommandé aux enseignants de ne pas rester en retrait. La meilleure méthode pour s’approprier ces outils est de commencer par les conseils donnés ci dessus ! (cf chap4)

6. Généralités techniques
- L’utilisation de ces suites bureautiques est soumise à inscription (gratuite) description type de la procédure pour Zoho ici (1min)
- Ces suites sont souvent en anglais uniquement (interface et correcteurs orthographiques)
- Les espaces permettent l’accès à une ou plusieurs applications (d’un seul traitement de texte pour buzzword, à plus de 15 applications pour ZOHO) dont les plus aisés à utiliser pour la pédagogie socioconstructiviste sont les traitements de texte, les tableurs et les solutions de création de présentation (équivalent de "Power Point" Microsoft ou "Presenter" de OpenOffice).
- Un navigateur internet et une connexion haut débit suffisent.
- Pour l’exemple, une présentation animée et commentée de l’utilisation de Zoho "Writer" est accessible ici (3,5min),
- Pour être complet, une présentation animée et commentée de buzzword est accessible ici.

7. Limites
- La plupart de ces suites en ligne sont des produits étasuniens, les espaces de stockage sont donc hébergés à l’étranger. Pour des raisons évidentes de confidentialité, il est donc recommandé de ne pas concevoir et modifier de la sorte des documents sensibles. Pour information les préconisations de cette recommandation, interne au CNRS, concernant les outils gratuits en ligne, peuvent servir d’exemple à suivre.
- De la même façon, il est conseillé d’exporter régulièrement des versions intermédiaires car pour un produit gratuit, il n’y a aucune garantie de continuité ni de pérennité du service.
- La question se pose quant à la question de la paternité de la création d’un document important : l’éditeur du service en ligne, malgré les chartes de confidentialité, peut reprendre le dossier à son compte...
- À l’usage, les utilisateurs rencontrent certaines difficultés pour s’approprier l’outil. C’est la phase d’inscription et de partage des premiers documents qui pose problème. Il est conseillé de tester l’outil "chacun dans son coin" avant de penser à partager. Une fois la prise en main effectuée (compter plusieurs séances de 15 minutes avec des documents sans importance) le travail peut commencer !
- Le maniement peut sembler contraignant, car certaines habitudes prises avec les "logiciels installés" ne sont pas appropriées, mais nul doute que les étudiants habitués aux interfaces et aux ergonomies complexes des jeux en réseaux s’en affranchiront sans problème.

8. Divers
- En développement informatique, la co-écriture de code est désormais plus ou moins classique et des outils spécifiques existent (SubEthaEdit, Gobby, moonedit (http://me.sphere.pl/indexen.htm)) mais ces solutions nécessitent d’être installées sur un serveur avant d’être partagées, contrairement aux solutions évoquées ici qui sont sur l’internet et dont les espaces sont gratuits. Néanmoins, leur utilisation est possible pour la co-rédaction de textes classiques s’ils sont par exemple déjà installés dans l’établissement.
- Le travail collaboratif sur d’autres types de logiciels est de plus en plus courant (retouche de photos, PAO, CAO) mais il s’agit de logiciels propriétaires payants, rarement gratuits, qui nécessitent là aussi d’être installés sur le réseau de l’entreprise ou de l’établissement (lire à ce sujet dans ce portail les articles de la cartographie concernant les "éditeurs d’annotation" et les éditeurs PAO).

9. Comparaison des solutions
- Nos préférences en fonction des fonctionnalités

FonctionnalitésPremierSecondTroisièmeDernier
Prise en main aiséeBuzzwordThink free
Facilité d’utilisationBuzzword
Visualisation claire du travail en synchroneZohoGoogle docsBuzzword
Correction orthographique en françaisToussauf Buzzword (mais c’est en cours)
Facilités de mise en page élaboréesBuzzword
Richesse de la liste des logicielsGoogle docsZohoThink freeBuzzword
Interface "comme Word"Think freeGoogle docsZohoBuzzword est très différent mais bien plus pratique à l’usage

- Caractéristiques techniques

BuzzwordThink freeGoogle DocsZoho
Taille de l’espace réservé1Go1Gocomme Gmail : (2.8 Go)Illimité (en beta), à terme : 1Go
Formats d’import et d’exportPDF, DOC, XML, DOCX, RTF, TXT, (HTML zippé)DOC, XML, DOCX, PDF, RTF, TXT, HTMLDOC, XLS, CSV, ODS, ODT, PDF, RTF, HTMLDOC, XLS, CSV, ODS, ODT, PDF, RTF, TXT
Technologie de l’interfaceFlashAjax et JavaAjaxAjax
Nombre de co-rédacteurs possible (simultanés ou non) ?7plus de cent ?
Ouverture possible des documents hors connexionNonOui, avec JavaOui, avec "google gear"Oui, avec "google gear"

10. Sites et liens
- Suite Zoho
- Suite Google documents
- Suite ThinkFree
- Suite BuzzWord
- Article sur un retour d’expérience intéressant en suisse
- Site du SCEREN (CNDP-CRDP) "Agence des usages des TICE" : article sur les usages pédagogiques des suites en ligne.
- Recommandation du CNRS sur l’usage professionnels des services W2.0 gratuits.
- Site de "Commoncraft" Vidéo explicative des particularités des suites en ligne



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